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Les Kelloucq en voyage

Dernier voyage : hommage à mon père

Merci à toutes et à tous d’être là autour de Claude aujourd’hui. Vous avez voyagé pour arriver jusqu’ici et votre présence est un grand réconfort.

 

Puisqu’il s’agit selon l’expression du « dernier voyage » de Claude, je voulais dire quelques mots sur son chemin et son voyage.

Claude a fait de nombreux voyages dans sa vie. Nous sommes des êtres en mouvement et Claude a beaucoup bougé.

 

Le premier voyage a été de quitter Ingrandes où il est né à Battreau sur le bord de la Nationale (il racontait des souvenirs de la débâcle des troupes nazies remontant vers le nord quand il avait à peine 4 ans). Pour arriver ici à Oyré. Avec ses parents, Robert et Marie, et son frère Robert, il a habité au pied de cette église. Pour cette raison, mais aussi parce qu’il a été enfant de choeur dans cette église Saint-Sulpice et qu’il a ensuite passé beaucoup de temps dans les églises à les rénover, il nous a semblé une évidence que son dernier voyage passe par ici aujourd’hui.

 

Après avoir vécu dans le bourg, sa famille a fait un saut de puce jusqu’aux Fravalières. Et comme vous le savez sans doute il a travaillé pendant plus de 25 ans à rénover et à bichonner cette maison des Fravalières que nous aimons autant que lui l’aimait. C’est pourquoi c’était aussi une évidence qu’il y repose cette semaine.

 

Après Ingrandes et Oyré, le cercle de ses voyages s’est élargi quand il est devenu apprenti chez son oncle Jean à Ciran en Indre-et-Loire, à 30 kms d’ici. Il venait rendre visite à ses parents et il repartait le dimanche soir en vélo. Cet apprentissage de maçon l’a mis sur le chemin du métier qui l’a vraiment animé, le métier de tailleur de pierre.

 

Pour poursuivre cette envie de tailler la pierre, le cercle s’est encore élargi quand il s’est lancé dans le Tour de France des Compagnons du Devoir qui l’a mené à Bordeaux, à Rodez, à Marseille, à Nantes notamment. Il y a quelques années, avec Maman, ils avaient passé une nuit dans la Maison des Compagnons à Nantes car on peut parfois revisiter des étapes de notre voyage. Que peut-on bien se dire quand on revient un demi siècle plus tard sur un lieu marquant de sa jeunesse?

 

« Confiance, générosité, fraternité, patience, exigence et recherche perpétuelle du travail bien fait ». Je pense que Claude avait intégré pleinement les valeurs des Compagnons du Devoir qui lui ont servi pour le reste de son chemin de vie. A l’exception de la patience peut-être! Je pense aussi que leur devise  - « Ni se servir, ni s'asservir, mais servir » a été un repère pour lui.

 

Il y a bien sûr un autre voyage, un premier voyage hors des frontières, dont il parlait assez peu, celui qui l’a emmené en Algérie. Comme en témoigne aujourd’hui la présence des porte-drapeaux de la FNACA. Ce n’était pas un voyage par choix ou par plaisir. Mais il en a rapporté quelques mots d’arabe parce que je pense que Claude avait une capacité naturelle à communiquer et qu’il était fondamentalement curieux des autres. Toujours et partout même s’il n’y avait que quelques mots en commun, rien ne pouvait l’empêcher d’aller vers les autres. La lecture était pour lui une autre façon de voyager, Claude était un lecteur passionné. Depuis enfant quand il avait dévoré la bibliothèque de l’école de Oyré.

 

La rencontre avec Nicole au début des années 1960 a été plus forte que l’appel du Tour de France. Il est revenu dans sa région d’origine pour fonder une famille avec elle et pour lancer son entreprise qui ont été, toutes les deux, des sources de fierté et de satisfaction. Sans doute aussi parfois de soucis et d’inquiétude, comme dans toute vie. 

 

Mon ami Yves m’a envoyé un message cette semaine qui encapsule l’homme de famille et le travailleur : « J'ai toujours apprécié ton papa. Je l'ai connu du temps de la gymnastique quand il nous emmenait ton frère, Franck et moi au gymnase Verdun et à la Gornière. Il était présent, gentil et bienveillant. Plus tard j aimais bien le voir au volant de sa 404 magnifique le plus souvent tout blanc de poussière un bras à la portière et son chapeau sur la tête. Des belles images d’un homme qui aimait son métier. »

 

Des voyages, il en a fait d’autres avec Maman, avec Marylène, avec Guy et Lucienne, avec les amis. Avec nous aussi, EJ, les enfants et moi. Nous avons sillonné ensemble l’Ouest des Etats-Unis et du Canada. Il s’était mis à apprendre l’anglais et il n’hésitait jamais à lancer des conversations avec des inconnus.

 

Comme m’a dit notre ami californien Stew : « Quand je l’ai regardé dans les yeux pendant que nous discutions, je me souviens avoir vu une véritable étincelle dans son regard. J'ai pensé que cette étincelle était une marque d'appréciation pour la vie qu'il avait vécue et pour sa conscience que discuter avec d'autres personnes et créer des liens avec elles était une belle façon enrichissante de passer l’après-midi. »  

 

Vous avez tous fait des voyages avec Claude, des parties de son chemin et de votre chemin. Qu’il ait été votre collègue, votre ami, votre beau-frère, votre tonton, votre beau-père ou votre grand-père. Vous êtes maintenant les dépositaires de ces souvenirs communs. Ils continueront à vivre avec vous et une partie de Claude lui survivra dans nos souvenirs.

 

 

Depuis samedi dernier, ce matin où il ne s’est pas réveillé, son voyage a peut-être continué. En tout cas, il s’est libéré de ce corps qui l’emprisonnait depuis 18 mois après qu’il ait lutté vaillamment pendant plusieurs années contre la maladie de Parkinson, une maladie qui empêche le mouvement. Un comble et un supplice pour un hyperactif comme Claude, contraint à un difficile voyage intérieur d’acceptation. Claude a peut-être rejoint son fils, mon frère Philippe. Je n’en sais rien. Mais les imaginer ensemble est rassurant et réconfortant. Comme votre présence aujourd’hui et comme cette cérémonie que nous allons vivre ensemble.

kelloucq le 20.02.26 à 07:16 dans Actualités - Version imprimable
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