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Les Kelloucq en voyage

Balades au Père Lachaise

On pourrait craindre que je sois en train de prendre un virage morbide avec mes posts récents centrés sur la mort. Mais pour le coup, le Père Lachaise était déjà un endroit que je fréquentais de temps en temps avant que la mort ne vienne de nouveau frapper près de moi.

Depuis 2021, je travaille dans le 20e, à deux pas du cimetière le plus connu de Paris et peut-être du monde sans exaggérer. Parfois quand je quitte le travail en fin d'après-midi et que j'ai le temps, je traverse le Père Lachaise pour rejoindre la ligne 3 un peu plus bas, à la station Père Lachaise justement. C'est un endroit fascinant et apaisant, un vrai havre de verdure et de vie dans la ville.

Et encore je le traverse en toute ignorance, simplement guidée par mon envie, le long des "avenues" ou des petits chemins de traverse. Sans avoir jamais pris le temps de suivre un véritable guide comme on en croise de temps en temps ou bien de participer au Printemps des Cimetières pour en découvrir la richesse historique, patrimoniale ou naturelle. 

Moi qui préfère m'abstenir le plus possible de visiter les cimetières familiaux car ce n'est pas là que j'ai envie de me souvenir de "mes morts", j'aime paradoxalement visiter des cimetières où "reposent" des inconnus, des anonymes. Enfin, au Père Lachaise, il y en a des inconnus par milliers, mais aussi des morts célèbres dont certains attirent les visiteurs de loin.

Récemment, à l'occasion d'une journée de congés, j'avais rendez-vous pas loin du Père Lachaise. J'ai pris avec beaucoup de plaisir la décision d'arriver et de repartir par le cimetière, en mode flânerie. A l'entrée, les groupes de touristes sont agglutinés. Des groupes d'endeuillés parfois aussi. Mais on retrouve vite le calme dès qu'on s'enfonce dans le coeur du cimetière.

Des connus, j'en ai croisé quelques-uns ce jour-là, par le plus grand des hasards car je n'utilise aucune carte : Parmentier (son tombeau est parsemé de pommes de terre décorées laissées par des admirateurs? des fans de pommes de terre? des petits rigolos?) ou encore Molière et La Fontaine dont les tombeaux sont côte à côte, dans un enclos candenassé! Ironique quand on sait que ce ne sont sans doute pas leurs corps qui y reposent et que Molière avait dû être enterré en catimini, ailleurs, à cause de ce métier de comédien lui valant d'office l'ex-communication. Bon, passons.

D'autres tombes attirent l'attention comme celles de ces hommes (plus souvent que des femmes) qui étalent leur CV prestigieux sur leur pierre tombale comme si ils s'attendaient à un entretien d'embauche pour entrer au paradis. Je suis sans doute un peu dure : ils étaient fiers de leur réussite terrestre, ce n'est pas un crime. On y découvre des vicomtes, des marquises et des princesses, des armateurs et des chanteuses, des acteurs et des couples, des chapelles très abandonnées. Oui, ce lieu respire la mort, la vanité des hommes, l'universalité de la finitude et de la séparation parce que les tombes nous parlent autant des vivants que des morts.

Mais il respire aussi la vie par toute sa biodiversité débridée et triomphante. Et aussi par nous, les vivants qui déambulons dans ces lieux qui, bien qu'ils soient le plus grand espace vert de Paris intra-muros, ne sont pas un "parc" ou un "jardin" comme les autres. Nous les vivants qui ne traversons pas le Père Lachaise comme n'importe quel endroit, mais avec un certain respect, une certaine solemnité légère.

Et puis parce que je suis une vivante et que j'éprouve la sensation de faim, j'ai fait à quelques pas du Père Lachaise la découverte d'un restaurant qui m'a scotchée et où j'ai invité EJ à venir déjeuner à l'improviste. Bluffés par Jolie Môme sur la place Melina Mercouri, un lieu qui a l'air de nourrir les corps et les esprits, comme nous l'a raconté le maitre des lieux en nous faisant visiter, suite à une question de ma part, les toilettes très artistiquement décorées et l'espace brocante où trône un hommage à Marcel Trillat que je ne connaissais pas (assez). "Tu commences à t'incliner, t'es foutu". Conclusion, les cimetières font partie de la vie.



kelloucq le 07.04.26 à 04:54 dans Actualités - Version imprimable
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