Le temps passe
Cela fait bientôt 7 semaines que mon père est mort. Et pourtant, ce jour et cet appel, en quittant le marché, semblent à la fois tout proches et très lointains. Plus d'une fois déjà, il l'avait échappé belle. Plus d'une fois déjà, nous avions cru que c'était fini.
Y compris 3 semaines plus tôt où la maison de retraite nous avait appelé pour dire qu'il était dans le coma et qu'il fallait venir au plus vite. Et puis il avait rebondi, très vite et pleinement. Si bien qu'on peut dire que ces trois dernières semaines, il allait bien. La lune de miel, le mieux avant le pire.
Je suis heureuse que Guy et Lucienne par exemple soient venus le voir pendant cette période. Nous avons passé un bon moment ensemble. Ce fut aussi la dernière fois que j'ai vu mon père. Le weekend suivant, j'avais un événement associatif important à mes yeux à Toulouse et je ne suis pas allée dans la Vienne. Le weekend de sa mort, nous étions tous les quatre sur place et nous allions aller les voir dans l'après-midi. Hasard?
La veille, je l'avais eu au téléphone au début de ma journée de travail. Il m'avait appelé, peut-être confus ou impatient, pour savoir si on venait ce jour-là et je lui ai rappelé qu'on venait tous les quatre le lendemain. J'aurais très bien pu ne pas prendre son appel car il m'appelait beaucoup. Je suis tellement heureuse d'avoir répondu. Même si cet appel n'avait rien de mémorable. A part, a posteriori, d'être notre toute dernière conversation.
Même quand on sait que ce n'est pas la grande forme, que le corps est épuisé, que l'esprit n'en peut plus, que la volonté n'y est plus tout à fait, la finalité de la mort sidère, prend à la gorge, est incroyable. On n'y croit pas, les pensées se rebellent. Je crois qu'une partie de moi n'y croit toujours pas tout à fait.
Je me souviens que, quand mon frère est mort, j'ai eu des moments où, pendant quelques secondes, j'avais l'impression d'avoir imaginé ou inventé sa mort, dans un délire malsain. Je me rappelle d'un de ces moments avec une grande précision, où j'étais et ce que je faisais. Et puis la réalité s'imposait : je n'avais rien inventé du tout. Mon esprit avait essayé de fuir la réalité quelques instants avant d'y être ramené avec brutalité.
Ce nouveau deuil est moins inadmissible parce que l'idée faisait forcément son chemin depuis quelques temps pour un homme qui avait vécu sa vie et était devenu de santé fragile. Comme une petite flamme dans la tempête.
Je viens de découvrir la chanson "Chanson pour un enterrement" de Grégoire.
https://www.youtube.com/watch?v=wNE1OIjFPDM
kelloucq
le 28.03.26 à 00:31
dans Actualités
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