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Les Kelloucq en voyage

Vacances avec et sans enfants

Quand étions-nous partis pour la dernière fois en vacances sans enfants ? Je ne saurais le dire. Je pense à un voyage en Egypte il y a une douzaine d’années…Nous sommes à cette période charnière où nos enfants ne sont plus exactement des enfants, pas encore des adultes. Mais clairement plus des enfants.

 

De notre perspective de parents de grands ados, nous avons pu apprécier certaines scènes et remarques pendant ces vacances. Nous aimons nos enfants, mais avouons que parfois le quotidien avec eux – même en vacances – peut avoir un côté usant. En passant, je glisse une recommandation, un livre que j’aurais aimé lire quand j’avais de jeunes enfants. Il s’agit de « A chaque jour ses prodiges : être parent en pleine conscience » de Jon Kabat-Zin et de sa femme Myla. Si je connaissais Jon Kabat-Zin pour ses travaux sur la pleine conscience, je ne savais pas qu’il s’était intéressé, avec sa femme qui est une spécialiste de la maternité, aux parents et aux enfants. Il me semble que la promesse de ce livre est de nous aider à rencontrer nos enfants sur un autre plan, plus respectueux et plus à l’écoute, et non pas comme des « objets encombrants ».

 

En tout cas, je partage quelques-unes de ces remarques qui nous ont fait sourire parce que nous nous rappelions de moments semblables où nous avions eu exactement les mêmes pensées. Mais qui aussi me rendent triste car elles marquent une certaine impasse dans la relation parents-enfants. Des échanges sur un ton énervé, punitif, vengeur, borné, peu ouvert à l’aventure et à l’écoute.

 

« Tu veux finir à l’hôpital ou quoi ? », une mère à sa fille d’une dizaine d’années qui sautille avec énergie dans les rues de Gordes, certes un peu pentues et glissantes. Ca me rappelle Gabriel qui a fait quatre voyages aux urgences depuis sa petite enfance et qui aujourd’hui revient parfois un peu « cabossé » de ses cours de parkour…Dans la limite du raisonnable, la vie comporte certains risques quand on ne met pas les enfants sous cloche.

 

« 600 mètres et 600 mètres, ça fait 1,2 kilomètre », une mère qui vient déjà de rabrouer son fils d’une dizaine d’années alors qu'il voulait la prendre en photo dans une petite ruelle pittoresque de Gordes. Le jeune garçon a l’air d’un photographe enthousiaste et il a envie d’aller explorer un point de vue – effectivement magnifique comme nous venons de le constater nous-mêmes – sur la vallée du Luberon. Mais sa mère a d’autres projets et doit juger que c’est trop loin. Pourtant qu’est-ce que c’est que c’est que ces 1 200 mètres si l’enfant est énergique et volontaire ? A quelle logique comptable est-elle soumise même en vacances si ce n’est pas possible de flâner selon ses envies ou, dans ce cas, celles de son fils ?

 

« Tu m’as ruiné ta robe. La glace au chocolat s’est fini », une jeune mère, sur un ton qui est loin d’être bienveillant, à sa petite fille de 7-8 ans. La gamine a de la glace au chocolat tout autour de la bouche et apparemment en a mis sur sa jolie petite robe. On se croirait dans les Malheurs de Sophie. Toute cette belle petite famille aux apparences parfaites – 2 jeunes parents et 2 petites filles –  est tirée à quatre épingles dans un style parisiano-bobo chic. Cela semble injuste : est-ce la petite fille qui aime s’habiller ainsi ou sa maman qui joue à la poupée avec ses filles ? Est-ce effectivement une bonne idée de manger une glace au chocolat quand on est endimanché ? Serait-il possible de parler sur un ton moins amer et blessant ? Quelle scène de sa propre enfance rejoue cette mère en écrasant ainsi la joie de vivre de sa petite fille ? Quelle image de la famille parfaite l’enfant a-t-elle mise à mal avec ces tâches de glace au chocolat ? Hier j’ai observé un père avec ses deux petites filles dans la gare Saint-Lazare. La plus petite qui devait avoir 4-5 ans avait choisi une glace au chocolat : il l’a accompagnée avec douceur et il n’y a pas eu de drame. C’est donc possible de manger de la glace au chocolat pour une petite fille qui porte une jolie robe…

 

« La prochaine fois vous resterez chez Papy et Mamie et on partira en vacances tous seuls », deux parents à leurs deux petits garçons de 6-8 ans à la sortie d’une visite de l’église de Roussillon. On sait que, dans leur grande majorité, les enfants ne sont pas fans d’églises, de visites historiques et de musées en général. Il faut préparer, doser, panacher pour respecter les goûts de chacun. L’heure du déjeuner approchait, depuis combien de temps se baladaient-ils ainsi ? Je ne doute pas un instant que les deux enfants aient été énervés et énervants. Et d’ailleurs peut-être seraient-ils plus heureux chez leurs grands-parents ? Peut-être ce père et cette mère ont-ils besoin de quelques jours tranquilles ? Il pourrait y avoir une grosse dose de vérité dans cette remarque qui semblait venir droit du cœur. Finalement la vérité sort parfois de la bouche des parents…

 

« Toi, tu as besoin de faire la sieste. Sinon, tu n’iras pas à la piscine cette après-midi ! », une mère, ou peut-être une grand mère, à une petite fille dans les rues de Roussillon, pleines de monde et d’attractions. Là aussi, c’est sans doute vrai. Mais avec le ton employé, la sieste ressemble plus à une punition qu’à une solution positive pour reprendre des forces pour le reste de la journée.

 

Mais aussi cette famille qui joue au Uno sur la terrasse ombragée du café du Brave Crillon dans le petit village de Murs. Nous, à côté nous écrivons quelques cartes postales en sirotant un cocktail baptisé Napoléon. Ils rigolent de bon cœur, ils se vannent les uns les autres dans la bonne humeur. Cette scène de famille charmante fait plaisir à voir. Tout d’un coup, l’enfance de mes garçons me manque. Peut-être pas les chamailleries, les moments de fatigue ou d’énervement, mais ces beaux moments comme nous en connaissons tous. Comme ce pique-nique dans les jardins botaniques d'Oslo après la visite du musée Munch en 2004 (Gab va bientôt avoir 3 ans et Emmanuel 6 ans).


Je remarque que ce sont surtout des remarques de mères que j'ai rapportées, avec un père et une famille qui jouent le contre-exemple positif. C'est tombé comme ça. J'ajoute aussi que mes propres enfants m'accusent d'écouter indiscrètement (le verbe anglais "eavesdrop" est tellement plus pratique et parlant). Mais je n'écoute pas aux portes, ces scènes se sont passées dans l'espace public devant tout le monde. Mes oreilles et mon cerveau les ont captées (et interprétées certes).

 

Il est vrai que les vacances sont un peu casse gueule. Ces moments fugitifs de l’année où la famille se retrouve hors des contraintes de la vie quotidienne, où les parents ont des aspirations diverses et des envies de se faire plaisir et de faire plaisir à leurs enfants qui ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde. Des moments où, plus encore que le reste de l’année, nous sommes sous l’injonction de nous amuser, d’être heureux, de nous cultiver, de nous reposer, de faire ceci et de faire cela. A ce propos, je renvoie à l’expo de Wolinski au château de Gordes, des remarques grinçantes et savoureuses sur les gens en vacances, plus adultes qu’enfants, mais si bien vues. On est de drôles de zèbres, nous les humains quand même.

kelloucq le 31.08.17 à 06:45 dans Actualités - Version imprimable
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