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Les Kelloucq en voyage

Jeudi 30 Août 2018

La douceur de l’Algarve



On commence en images.

Quelles images et quels souvenirs garderons-nous de l’Algarve ? Notre « maison », au cœur d’une ferme d’oliviers, avec ses chats, ses poules et sa terre rouge, une maison d’artiste originale avec des livres posés un peu partout et des objets insolites. Un grand calme pendant les heures chaudes, les petits déjeuners sur la terrasse, les cloches harmonieuses de l’église égrenant le temps, un profond ressourcement. Entre le rêve vendu sur Airbnb et la réalité, il n’y avait aucun écart. Nous avons eu l’impression de vivre dans une carte postale. La douceur de cette semaine est déjà gravée dans ma mémoire.

 

Et puis aussi des expéditions dans la vraie vie. La fête médiévale à Castro Marim mêlant musiciens, dromadaires, faucons et jongleurs de feu, le tout arrosé de sangria. Les plages tôt le matin ou en fin d’après-midi aux côtés de familles portugaises jouant tranquillement. J’ai été frappée par la bienveillance des relations entre enfants et parents, l’été n’ayant pas toujours l’effet apaisant qu’on pourrait attendre des vacances comme je l’avais raconté l’année dernière. Je me suis rendue compte que moi qui pensais ne pas aimer la plage, je m’y sentais bien à des heures décalées, posée sur le sable chaud entre ciel et mer. Une mer calme, propre et accueillante comme un retour à un cocon protecteur qui nous berce.

 

Et puis aussi Tavira et un moment magique dans le parc du château rythmé par un musicien installé là, Cacela Vehla et la plage qu’on atteint en traversant à gué la lagune du Ria Formosa, le fort de Sagres et le Cape Saint Vincent plus sauvages avec leurs airs d’Irlande et de Bretagne, une balade en bateau depuis le port d'Olhao jusqu’à l’ile de Farol préservée des voitures, mais prise d'assaut le weekend par les locaux et leurs caddies chargés de victuailles.

 

En somme des belles images de tranquillité et de douceur de vivre, loin des clichés du tourisme de masse quand on passe la plupart de son temps à l’est de Faro. Pour ces deuxièmes vacances d’été en tête à tête avec EJ, dont la destination fut décidée sur le tard, c’était la bonne pioche.


 

 

kelloucq - 11:36 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lisbonne a l’esprit d’escalier

















Ce n’est pas pour rien que Lisbonne est surnommée la ville aux sept collines. Les elevadors, ces tramways qui servent de remonte-pentes, permettent d’affronter quelques rues particulièrement pentues. Pour le reste, c’est à la force du mollet. Mais l’effort en vaut la peine quand on se retrouve dans un des miradouros qui offre une vue panoramique sur la ville, ses toits de tuiles et le Tage à perte de vue.

 

Pour nos quelques jours à Lisbonne avant d’aller se mettre au calme dans l’Algarve, nous avions choisi un quartier bien chaud. Le Bairro Alto nous a fait l’impression d’un quartier Montorgueil puissance 10. Des cafés et des restaurants en pagaille, des fêtards un verre à la main inondant les rues, le quartier est animé et bruyant. Dans notre appartement au 3eétage, nous étions contents du double-vitrage pour pouvoir dormir malgré la fête qui dure jusque tard dans la nuit.

 

De là, nous avons exploré Lisbonne. Belem, sa tour, son monument aux explorateurs du 15eet du 16esiècle qui ont marqué l’âge d’or du Portugal (la tombe de Vasco da Gama se trouve dans l’église du monastère tout proche après une longue pérégrination post-mortem), sa fabrique de célèbres pasteis de nata, son musée d’art contemporain. La Praça do Comércio aux proportions monumentales conçue pendant la reconstruction de Lisbonne par le marquis de Pombal après la grande destruction du tremblement de terre de 1755, sans doute un des plus mortels de l’histoire humaine. 

 

Une ascension vers le Castelo de São Jorge qui résume les différentes époques historiques de la ville et offre une balade extérieure (il ne faut pas s’attendre à des pièces meublées, tout n’est presque que ruines). Un détour par le quartier de l’Alfama, surtout pour le très bien fichu musée du Fado qui nous a appâtés avec un court concert et nous a donné envie de diner dans un des restaurants qui proposent des soirées musicales. Quel dommage de ne pas comprendre les paroles de ces chansons visiblement pleines de saudade, ce mot portugais impossible à traduire (« bonheur hors du monde » pour le poète portugais du 16Luis de Camaoes qui repose à côté de Vasco de Gama à Belem, « poésie du fado » pour Fernando Pessoa, une « épine amère et douce » pour la reine du fado Amélia Rodrigues ou encore un « manque habité »).

 

Et puis déjà il était temps de quitter Lisbonne pour le Sud, en faisant un petit détour par la ville d’Evora. Après le pont du 25 avril qui évoque inévitablement le pont du Golden Gate de San Francisco, nous allions découvrir que beaucoup de paysages portugais nous rappelaient fortement la Californie (les petites collines grillées par le soleil et parsemées de chênes, les eucalyptus). On se dit que cette familiarité a dû frapper les explorateurs et les émigrants des siècles passés.

Lisbonne en photos (imaginez une musique de fado en fond sonore car je n'ai pas réussi à l'intégrer dans mon diaporama). 

kelloucq - 04:35 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 16 Août 2018

Psychologue, un rêve d'adolescence qui se réalise

 















Je voulais écrire le dernier jour de cours. J’allais m’y mettre après le dernier examen. Non, le jour de la cérémonie de remise des prix plutôt. Voilà plus d’un mois que je suis officiellement psychologue après avoir reçu mon master 2 de Paris Nanterre et j’ai laissé couler le temps. En juillet, il y avait encore le stage, une journée par semaine, pour terminer le groupe de thérapie suivi depuis septembre. Mais depuis ce sont les grandes vacances. Enfin, pas tout à fait…

 

En juin, sur un tuyau de ma prof de séminaire, j’ai eu vent d’un poste dans un CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination qui travaille avec les personnes âgées vivant à domicile) à la ville de Nanterre. J’y ai postulé en même temps qu’une copine de promo. Au bout de deux entretiens, c’était dans la poche. Démarrage début septembre pour ce travail à temps plein. C’était un peu plus et plus vite que prévu, pour moi qui cherchais un travail à temps partiel. Mais allons-y, il faut saisir les opportunités.

 

Me voilà psychologue. Je vous renvoie et je me renvoie à ce billet sur ma première année universitaire en 2013-2014, le début de cette aventure. Je me souviens clairement m'être dit à l'époque qu’il me faudrait bien deux ans pour compléter chaque année puisque je travaillais en même temps. Mais en fait, j’ai réussi à boucler les cinq ans d’études en cinq ans. Et heureusement car cela me laisse plus de temps pour appliquer mes nouvelles connaissances. Pour commencer, je voulais absolument pratiquer dans un cadre collectif. Même si je n’aurai pas de collègue psychologue dans ce CLIC, j’aurai d’autres collègues, principalement des assistantes sociales, et je travaillerai en équipe. Cela me semble indispensable et enrichissant. En parallèle, je vais suivre une formation à l’AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) au rythme d’un vendredi par mois pendant deux ans.

 

Bien sûr, ce changement n’est pas sans me préoccuper. Depuis 22 ans (!), je travaillais dans une grande liberté et une grande flexibilité, qui m’ont d’ailleurs permis de suivre les cours en modulant ma charge de travail au fur et à mesure que le travail universitaire me prenait plus de temps. Pas besoin de « poser » mes vacances, pas d’heures précises de travail et la possibilité de mélanger mes activités. En pratique, j’ai toujours eu bien plus de cinq semaines de vacances prises quand cela me convenait. Je pouvais travailler à 5h00 du matin, à 22h00 ou le weekend si je le souhaitais tout en prenant le temps dans la journée pour des besoins personnels. J’avais trouvé un équilibre toujours changeant entre journalisme, les activités liées aux jardins de soin (mon blog, la formation depuis un an, des interventions ici et là) et d’autres activités qui pouvaient se présenter.

 

Je décroche doucement avec deux derniers articles à écrire cet été et aussi un livre dont je reparlerai certainement bientôt. Mais je vois se rapprocher le deadline du 3 septembre avec un mélange étrange d’anticipation et d’effroi. En attendant, je passe depuis fin juillet du bon temps dans le petit paradis dans le Poitou avec beaucoup de repos, de siestes, de repas familiaux et amicaux et quelques sorties culturelles (Tosca pour la deuxième fois, aux arènes de Sanxay cette fois, une soirée avec le conteur Pépito Matéo, une journée à Chaumont-sur-Loire avec EJ qui n’y était encore jamais allé). Dans 3-4 jours, nous partons au Portugal, Lisbonne d’abord, puis l’Algarve à la limite de l’Espagne. 

 

Cet été est un peu particulier puisque nous sommes sans garçons, Emmanuel ayant décidé de partir vivre et travailler à New York et Gabriel passant tout l’été dans le Michigan chez son oncle et sa tante. Le premier veut se frotter à la vie loin du cocon familial, le deuxième prend du bon temps entre un petit job de serveur et des heures de voile.

kelloucq - 10:39 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 15 Juillet 2018

We are the champions....again

Mots-clés :

Jusqu'à aujourd'hui, j'avais regardé les matchs de la Coupe du Monde 2018 avec un certain détachement. Ceux de l'équipe de France principalement en me baladant dans les rues et en suivant l'évolution du score grâce aux cris des supporteurs dans les cafés. Même pour cette finale aujourd'hui, je ne me suis pas posée. J'ai flâné dans les rues du quartier avec EJ, stationné un verre de bière à la main devant un café avant de partir et de rater le premier but, attrapé une partie du match sur un ordi à la maison, retrouvé EJ devant un autre café pour le dernier quart d'heure. Le plus sympa, c'est d'observer les gens. Les gens qui se lèvent pour chanter la Marseillaise, qui vibrent comme un seul homme, qui partagent une montagne russe émotionnelle pendant 90 minutes, puis qui déversent leur joie délirante dans les rues pendant des heures. Un petit aperçu en remontant Rivoli, les quais de la Seine et en retraversant au Louvre m'aura contentée.

C'est beau cette joie presqu'enfantine. On ne peut s'empêcher quand même d'avoir un peu peur devant les comportements inconscients des conducteurs de scooters et de motos qui vrombissent au milieu de la foule. Mais aussi de ressentir un certain détachement pour l'aspect "pain et cirque" de ce divertisssement. Demain en fin d'après-midi, l"équipe descendra les Champs-Elysées, encore noire de monde ce soir. Pour moi, cette victoire 20 ans après la première victoire des Français me rappelle des souvenirs agréables. Enceinte d'Emmanuel, j'avais déjà défilé sur la rue de Rivoli dans une ambiance bonne enfant et joyeuse. Emmanuel, d'ailleurs, qui doit son nom à la Coupe du Monde. Alors qu'elle commençait en juin et que nous ne savions pas encore si j'attendais un garçon ou une fille, j'avais émis l'idée de lui donner le prénom du dernier buteur de la compétition. A peu de choses près, Emmanuel a failli s'appeler Zinedine...Non, nous n'aurions pas persévéré dans cette idée. Mais le prénom Emmanuel, lui, nous a plu. Aujourd'hui Emmanuel a presque 20 ans.

Pour partager la liesse parisienne, voici un diaporama mixant photos et vidéos prises avant, pendant et après le match

kelloucq - 23:18 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 25 Janvier 2018

La lèpre au 21e siècle

Les 26, 27 et 28 janvier 2018, c'est la Journée (sic) Mondiale des Lépreux. La semaine dernière, intriguée par les campagnes annuelles dans le métro et curieuse de m'ouvrir à de nouveaux sujets, je suis allée à la conférence de presse de la Fondation Raoul Follereau.

Où j'ai entendu un ancien malade, au téléphone depuis la Côte d'Ivoire, raconter comment il s'est reconverti en coordonnier pour aider à chausser les lépreux.

Où j'ai été bombardée de faits et de chiffres hallucinants. On dépiste environ 200 000 nouveaux cas chaque année, mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg.

La lèpre est une maladie infectieuse, mais peu contagieuse, qui débute par des tâches sur la peau que beaucoup de malades ignorent surtout, qu'au 21e siècle, la plupart d'entre eux vivent dans des endroits reculés et peu accessibles aux soins en Inde, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud. Mais le bacille qui se développe très lentement est dans la peau et commence à toucher les nerfs du visage, des bras, des jambes. Au stade suivant, les dommages neurologiques entrainent l'invalidité et souvent l'exclusion sociale.

Cette maladie a commencé à disparaitre en Occident dès le 16e siècle parce que les populations avaient développé une défense contre ses attaques. En 2000, l'OMS a déclaré la maladie éliminée en tant que problème de santé publique (moins d'un cas pour 10 000 habitants) et ne lui dédie plus de ressources.

Pourtant, il faudrait faire plus de dépistage actif, plus de prévention, plus de traitement. Le traitement consiste à prendre des antibiotiques pendant six mois ou un an ou, quand l'atteinte est dépistée trop trad, à proposer de la réadaptation physique (soigner les plaies qui peuvent se cancériser, faire de la chirurgie pour redonne de la mobilité et remettre debout des malades grabataires). La recherche, via les financements d'ONG, ne baisse pas les bras : des solutions pour détecter la maladie plus rapidement sur le terrain, un possible vaccin, des traitements plus rapides.

La Journée Mondiale des Lépreux sensibilise et lève des fonds. Quand les quêteurs bénévoles de la Fondation Raoul Follereau vous approcheront ce weekend, pensez aux lépreux. 

Pour en savoir plus, le site de la Fondation Raoul Follereau.

Pour faire un don, la page dédiée.

kelloucq - 10:07 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 18 Janvier 2018

Grand écart incarné

Après une matinée de travail, je viens d'aller poster deux lettres qui matérialisent parfaitement le grand écart que je fais depuis bientôt 5 ans. Certes, ma souplesse physique laisse beaucoup à désirer. Mais psychologiquement et cognitivement, je suis encore assez flexible!

Ce matin, je terminais mon dossier de renouvellement de la carte de journaliste : tous les ans, les journalistes qu'ils travaillent en rédaction ou en tant que pigistes, doivent prouver qu'ils sont toujours journalistes pour recevoir leur nouvelle carte de presse. " Est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources." Bulletins de paie, certificats des employeurs, déclaration de revenus d'autres sources, je me plie à ce rituel annuel depuis 22 ans. Et cette année encore, je suis journaliste professionnelle même si j'ai pas mal réduit mon activité pour mener en parallèle licence, puis master.

Et on en vient à la deuxième lettre. Celle-ci concernait mon projet de recherche de Master 2. Mon enseignante de recherche exigeant que nous fassions la démarche d'obtenir une autorisation auprès d'un Comité de Protection des Personnes comme tous les chercheurs professionnels qui travaillent avec des êtres humains, je "féraille" depuis novembre avec un comité qui m'a demandé quelques modifications. Mais qui vient de me donner son feu vert. Gros travail, principalement administratif, mais qui a permis d'améliorer mon projet me semble-t-il.

Voilà, comment je fais des grands écarts, en tout cas dans ma tête.

 

kelloucq - 16:50 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 15 Janvier 2018

Marcher sans but dans la campagne

Les vacances de Noël dans le petit paradis, on en rêve pendant des semaines (rythme apaisé, feux de bois, déconnexion,…). Après 5 ans d’études, ces fêtes marquaient normalement la dernière fois que réveillon et festivités devaient se conjuger avec révisions matinales pendant que toute la maisonnée dort encore. Bon, je reviendrai sans doute bientôt sur les doutes à propos de mes emplois du temps à venir, c’est une autre histoire. Les garçons se sont joints à nous pour une bonne semaine autour de Noël avant de remonter passer le Nouvel An à Paris, dans la logique des choses.

 

Je voudrais surtout évoquer le dernier jour de l’année pour essayer d’en capturer l’essence joyeuse. Au matin, sous un joli soleil et portés par la douceur presque physique de l’air, nous étions « descendus » à pied au village, histoire de faire une provision de miel chez le cafetier-apiculteur. Une marche toute simple, mais parfaite dans sa simplicité. Il n’était pas question de laisser filer cette belle journée sans profiter au maximum du grand air. Après le déjeuner, au diable la sieste. J’entraine EJ dans une marche. Il faut dire que j’aime la campagne environnante, mais que nous avons tendance à tourner un peu en boucle dans nos parcours. Dans la semaine, nous avions pourtant inventé un itinéraire complètement inédit avec Maman, Lysiane et Denis. Et là aussi, EJ proposant un virage inédit, puis choisissant une autre option inexplorée au carrefour suivant, nous avons une promenade de deux heures sur des sentiers nouveaux (j'en partage la seule photo, cette croix solitaire qui m'a frappée). Le soleil allait en se cachant. A notre retour, deux heures plus tard, une grosse averse s’est abattue à peine étions nous à l'abri. Mais nous nous en fichions. Nous étions sous la couette à écouter la pluie battre contre le carreau avant de sombrer dans une sieste bien méritée. Avant un petit réveillon tranquille entre amis au coin du feu. Voilà ce que j’appelle bien finir l’année en saisissant et en créant l'occasion. 

kelloucq - 07:32 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 11 Septembre 2017

La vraie vie et les préjugés

















Fin août, avec l’envie de préserver l’esprit des vacances, je me suis installée pour travailler dans notre jardin partagé (une nouveauté 2017 dans notre rue qui mériterait un billet à part). Assise sur un banc de palettes de récup, mon ordi posé sur une chaise-bureau, j’étais bien au milieu des plantes. Comme on pouvait le prévoir, la rue n’est pas un lieu très propice au travail pour quelqu’un d’aussi grégaire que moi. Au final, j’ai passé plus de temps à discuter avec les passants qu’à travailler. Parmi ces passants, un voisin d’immeuble depuis notre arrivée en septembre 1997. Appelons-le Mr. R. Nous discutons de choses et d’autres, d’euthanasie principalement, mais aussi de politique. Et là, Mr. R. me dit « Vous ne vivez pas dans la vraie vie, Mme B. » Je lui demande de préciser sa pensée. « Vous, vous ne travaillez pas. » Là, comment dire ? J’ai une sorte de grand moment de découragement du pigiste, de l’indépendant, du travailleur nomade et atypique (pour l’instant). Nous nous connaissons, en voisins certes pas très intimes, depuis 20 ans et Mr. R. pense depuis tout ce temps que je ne travaille pas parce qu’il ne me voit pas partir régulièrement à une heure précise vers un boulot « posté ».

 

Je suis bien consciente que l’ancienne présidente du syndic bénévole qui gérait l’immeuble à notre arrivée, syndic que j’ai rejoint rapidement, pensait un peu la même chose puisqu’elle ne voyait pas d’inconvénient à venir frapper à ma porte pour régler des points liés à la gestion de l’immeuble à toute heure de la journée. Comme si je ne travaillais pas effectivement et que j’étais tout le temps libre comme elle qui était retraitée. Admettons, car elle était de la veille école ! Mr. R. est plus jeune, plus branché sur la société, comme il me l’explique, puisqu’il se targue de parler à plein de gens de tous horizons. Et bien, il a complètement loupé le fait qu’on puisse être souvent chez soi dans la journée et y travailler sans que cela ne paraisse du travail aux autres. Quand je sors pour des rendez-vous et des conférences de presse, il doit croire que je rejoins mes copines au café. Quand je pars en cours, il doit croire que je pars faire les courses. Quand je suis installée à ma table de bureau avec mon ordi, il doit penser que je regarde des films et des séries télé en boucle.

 

Comme quoi, on se fait des idées sur les gens. C’est une bonne leçon car je suis susceptible de me faire des idées à l’emporte pièce moi aussi. On a remis les pendules à l’heure sur ce que je fais dans la vie et pour gagner ma vie. Je ne sais pas ce qu’il en aura retenu et je ne sais pas si on peut changer une perception vieille de 20 ans en 10 minutes d’explication. Le fait que je travaille et que j’étudie en même temps n’a pas dû le rassurer, il pourrait encore me classer comme une sorte d’éternelle étudiante, une dilettante intellectuelle. Comme je ne vais pas aller jusqu’à lui mettre mes fiches de paie sous le nez, il va pourtant falloir qu’il se contente de ces explications. J'ai quand même des "preuves", comme cette photo en plein tournage d'un documentaire sur Union Square à San Francisco en 2011 (en même temps, ce n'est pas un travail typique, mais c'était une expérience inoubliable). 


Cela me rappelle qu’il y a quelques mois, Mr. R. nous avait prêté le film « La loi du marché » avec Vincent Lindon sur le boulot de vigile de supermarché qu’accepte le personnage principal après une longue période de chômage. Mr. R. devait vouloir faire mon éducation de femme oisive ! Ceci dit, il n’a pas tort : je ne connais rien à pleins de choses et ce film était instructif et poignant.

 

Pour en remettre une couche, quelques jours plus tard, notre boulanger du dimanche, sur le marché Saint Eustache, avec qui nous discutons souvent me sort aussi un « Pour vous qui ne travaillez pas… ». Et rebelote. Ai-je vraiment un look de « femme entretenue » ou bien de « ménagère de 50 ans » ? L’un ou l’autre, j’ai un problème d’image en ce moment…

kelloucq - 07:15 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

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  • kelloucq : Hélène, je veux bien vous répondre, mais je ne trouve pas d'emails sur votre blog.
  • catherine : hello, je viens de passer trois heures de lecture ;c'est trop top ,dirait Clément, votre parcours m'a ramené en 1986 que de souvenirs ! je vous embrasse .
  • Julien : Et hop un nouveau blog dans notre BlogRoll! Sympa la "double-traducti on", mais ce serait encore plus sympa de l'annnocer : je me suis retrouver a lire tout le paragraphe en Anglais avant de me rendre compte que c'etait le meme qu'en Francais!
  • kelloucq : Julien, mon blog est un blog d'habitués principalement! Je ne leur explique rien, ils savent tout.
  • name :
  • Mercatini di Natale : Ou on peux trouver dans le web les PC a 100 dollars en vente?
  • kelloucq : Ils ont été vendus aux particuliers nord-américains pendant quelques semaines (ils devaient aussi en acheter pour une donation à un enfant). Mais en gros, ils ne sont pas pour le marché des particuliers.
  • IteseeVer : Hello!
    Nice site ;)
    Bye
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