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Les Kelloucq en voyage

Jeudi 16 Août 2018

Psychologue, un rêve d'adolescence qui se réalise

 















Je voulais écrire le dernier jour de cours. J’allais m’y mettre après le dernier examen. Non, le jour de la cérémonie de remise des prix plutôt. Voilà plus d’un mois que je suis officiellement psychologue après avoir reçu mon master 2 de Paris Nanterre et j’ai laissé couler le temps. En juillet, il y avait encore le stage, une journée par semaine, pour terminer le groupe de thérapie suivi depuis septembre. Mais depuis ce sont les grandes vacances. Enfin, pas tout à fait…

 

En juin, sur un tuyau de ma prof de séminaire, j’ai eu vent d’un poste dans un CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination qui travaille avec les personnes âgées vivant à domicile) à la ville de Nanterre. J’y ai postulé en même temps qu’une copine de promo. Au bout de deux entretiens, c’était dans la poche. Démarrage début septembre pour ce travail à temps plein. C’était un peu plus et plus vite que prévu, pour moi qui cherchais un travail à temps partiel. Mais allons-y, il faut saisir les opportunités.

 

Me voilà psychologue. Je vous renvoie et je me renvoie à ce billet sur ma première année universitaire en 2013-2014, le début de cette aventure. Je me souviens clairement m'être dit à l'époque qu’il me faudrait bien deux ans pour compléter chaque année puisque je travaillais en même temps. Mais en fait, j’ai réussi à boucler les cinq ans d’études en cinq ans. Et heureusement car cela me laisse plus de temps pour appliquer mes nouvelles connaissances. Pour commencer, je voulais absolument pratiquer dans un cadre collectif. Même si je n’aurai pas de collègue psychologue dans ce CLIC, j’aurai d’autres collègues, principalement des assistantes sociales, et je travaillerai en équipe. Cela me semble indispensable et enrichissant. En parallèle, je vais suivre une formation à l’AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) au rythme d’un vendredi par mois pendant deux ans.

 

Bien sûr, ce changement n’est pas sans me préoccuper. Depuis 22 ans (!), je travaillais dans une grande liberté et une grande flexibilité, qui m’ont d’ailleurs permis de suivre les cours en modulant ma charge de travail au fur et à mesure que le travail universitaire me prenait plus de temps. Pas besoin de « poser » mes vacances, pas d’heures précises de travail et la possibilité de mélanger mes activités. En pratique, j’ai toujours eu bien plus de cinq semaines de vacances prises quand cela me convenait. Je pouvais travailler à 5h00 du matin, à 22h00 ou le weekend si je le souhaitais tout en prenant le temps dans la journée pour des besoins personnels. J’avais trouvé un équilibre toujours changeant entre journalisme, les activités liées aux jardins de soin (mon blog, la formation depuis un an, des interventions ici et là) et d’autres activités qui pouvaient se présenter.

 

Je décroche doucement avec deux derniers articles à écrire cet été et aussi un livre dont je reparlerai certainement bientôt. Mais je vois se rapprocher le deadline du 3 septembre avec un mélange étrange d’anticipation et d’effroi. En attendant, je passe depuis fin juillet du bon temps dans le petit paradis dans le Poitou avec beaucoup de repos, de siestes, de repas familiaux et amicaux et quelques sorties culturelles (Tosca pour la deuxième fois, aux arènes de Sanxay cette fois, une soirée avec le conteur Pépito Matéo, une journée à Chaumont-sur-Loire avec EJ qui n’y était encore jamais allé). Dans 3-4 jours, nous partons au Portugal, Lisbonne d’abord, puis l’Algarve à la limite de l’Espagne. 

 

Cet été est un peu particulier puisque nous sommes sans garçons, Emmanuel ayant décidé de partir vivre et travailler à New York et Gabriel passant tout l’été dans le Michigan chez son oncle et sa tante. Le premier veut se frotter à la vie loin du cocon familial, le deuxième prend du bon temps entre un petit job de serveur et des heures de voile.

kelloucq - 10:39 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Dimanche 15 Juillet 2018

We are the champions....again

Mots-clés :

Jusqu'à aujourd'hui, j'avais regardé les matchs de la Coupe du Monde 2018 avec un certain détachement. Ceux de l'équipe de France principalement en me baladant dans les rues et en suivant l'évolution du score grâce aux cris des supporteurs dans les cafés. Même pour cette finale aujourd'hui, je ne me suis pas posée. J'ai flâné dans les rues du quartier avec EJ, stationné un verre de bière à la main devant un café avant de partir et de rater le premier but, attrapé une partie du match sur un ordi à la maison, retrouvé EJ devant un autre café pour le dernier quart d'heure. Le plus sympa, c'est d'observer les gens. Les gens qui se lèvent pour chanter la Marseillaise, qui vibrent comme un seul homme, qui partagent une montagne russe émotionnelle pendant 90 minutes, puis qui déversent leur joie délirante dans les rues pendant des heures. Un petit aperçu en remontant Rivoli, les quais de la Seine et en retraversant au Louvre m'aura contentée.

C'est beau cette joie presqu'enfantine. On ne peut s'empêcher quand même d'avoir un peu peur devant les comportements inconscients des conducteurs de scooters et de motos qui vrombissent au milieu de la foule. Mais aussi de ressentir un certain détachement pour l'aspect "pain et cirque" de ce divertisssement. Demain en fin d'après-midi, l"équipe descendra les Champs-Elysées, encore noire de monde ce soir. Pour moi, cette victoire 20 ans après la première victoire des Français me rappelle des souvenirs agréables. Enceinte d'Emmanuel, j'avais déjà défilé sur la rue de Rivoli dans une ambiance bonne enfant et joyeuse. Emmanuel, d'ailleurs, qui doit son nom à la Coupe du Monde. Alors qu'elle commençait en juin et que nous ne savions pas encore si j'attendais un garçon ou une fille, j'avais émis l'idée de lui donner le prénom du dernier buteur de la compétition. A peu de choses près, Emmanuel a failli s'appeler Zinedine...Non, nous n'aurions pas persévéré dans cette idée. Mais le prénom Emmanuel, lui, nous a plu. Aujourd'hui Emmanuel a presque 20 ans.

Pour partager la liesse parisienne, voici un diaporama mixant photos et vidéos prises avant, pendant et après le match

kelloucq - 23:18 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 25 Janvier 2018

La lèpre au 21e siècle

Les 26, 27 et 28 janvier 2018, c'est la Journée (sic) Mondiale des Lépreux. La semaine dernière, intriguée par les campagnes annuelles dans le métro et curieuse de m'ouvrir à de nouveaux sujets, je suis allée à la conférence de presse de la Fondation Raoul Follereau.

Où j'ai entendu un ancien malade, au téléphone depuis la Côte d'Ivoire, raconter comment il s'est reconverti en coordonnier pour aider à chausser les lépreux.

Où j'ai été bombardée de faits et de chiffres hallucinants. On dépiste environ 200 000 nouveaux cas chaque année, mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg.

La lèpre est une maladie infectieuse, mais peu contagieuse, qui débute par des tâches sur la peau que beaucoup de malades ignorent surtout, qu'au 21e siècle, la plupart d'entre eux vivent dans des endroits reculés et peu accessibles aux soins en Inde, en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud. Mais le bacille qui se développe très lentement est dans la peau et commence à toucher les nerfs du visage, des bras, des jambes. Au stade suivant, les dommages neurologiques entrainent l'invalidité et souvent l'exclusion sociale.

Cette maladie a commencé à disparaitre en Occident dès le 16e siècle parce que les populations avaient développé une défense contre ses attaques. En 2000, l'OMS a déclaré la maladie éliminée en tant que problème de santé publique (moins d'un cas pour 10 000 habitants) et ne lui dédie plus de ressources.

Pourtant, il faudrait faire plus de dépistage actif, plus de prévention, plus de traitement. Le traitement consiste à prendre des antibiotiques pendant six mois ou un an ou, quand l'atteinte est dépistée trop trad, à proposer de la réadaptation physique (soigner les plaies qui peuvent se cancériser, faire de la chirurgie pour redonne de la mobilité et remettre debout des malades grabataires). La recherche, via les financements d'ONG, ne baisse pas les bras : des solutions pour détecter la maladie plus rapidement sur le terrain, un possible vaccin, des traitements plus rapides.

La Journée Mondiale des Lépreux sensibilise et lève des fonds. Quand les quêteurs bénévoles de la Fondation Raoul Follereau vous approcheront ce weekend, pensez aux lépreux. 

Pour en savoir plus, le site de la Fondation Raoul Follereau.

Pour faire un don, la page dédiée.

kelloucq - 10:07 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 18 Janvier 2018

Grand écart incarné

Après une matinée de travail, je viens d'aller poster deux lettres qui matérialisent parfaitement le grand écart que je fais depuis bientôt 5 ans. Certes, ma souplesse physique laisse beaucoup à désirer. Mais psychologiquement et cognitivement, je suis encore assez flexible!

Ce matin, je terminais mon dossier de renouvellement de la carte de journaliste : tous les ans, les journalistes qu'ils travaillent en rédaction ou en tant que pigistes, doivent prouver qu'ils sont toujours journalistes pour recevoir leur nouvelle carte de presse. " Est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée l'exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources." Bulletins de paie, certificats des employeurs, déclaration de revenus d'autres sources, je me plie à ce rituel annuel depuis 22 ans. Et cette année encore, je suis journaliste professionnelle même si j'ai pas mal réduit mon activité pour mener en parallèle licence, puis master.

Et on en vient à la deuxième lettre. Celle-ci concernait mon projet de recherche de Master 2. Mon enseignante de recherche exigeant que nous fassions la démarche d'obtenir une autorisation auprès d'un Comité de Protection des Personnes comme tous les chercheurs professionnels qui travaillent avec des êtres humains, je "féraille" depuis novembre avec un comité qui m'a demandé quelques modifications. Mais qui vient de me donner son feu vert. Gros travail, principalement administratif, mais qui a permis d'améliorer mon projet me semble-t-il.

Voilà, comment je fais des grands écarts, en tout cas dans ma tête.

 

kelloucq - 16:50 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 15 Janvier 2018

Marcher sans but dans la campagne

Les vacances de Noël dans le petit paradis, on en rêve pendant des semaines (rythme apaisé, feux de bois, déconnexion,…). Après 5 ans d’études, ces fêtes marquaient normalement la dernière fois que réveillon et festivités devaient se conjuger avec révisions matinales pendant que toute la maisonnée dort encore. Bon, je reviendrai sans doute bientôt sur les doutes à propos de mes emplois du temps à venir, c’est une autre histoire. Les garçons se sont joints à nous pour une bonne semaine autour de Noël avant de remonter passer le Nouvel An à Paris, dans la logique des choses.

 

Je voudrais surtout évoquer le dernier jour de l’année pour essayer d’en capturer l’essence joyeuse. Au matin, sous un joli soleil et portés par la douceur presque physique de l’air, nous étions « descendus » à pied au village, histoire de faire une provision de miel chez le cafetier-apiculteur. Une marche toute simple, mais parfaite dans sa simplicité. Il n’était pas question de laisser filer cette belle journée sans profiter au maximum du grand air. Après le déjeuner, au diable la sieste. J’entraine EJ dans une marche. Il faut dire que j’aime la campagne environnante, mais que nous avons tendance à tourner un peu en boucle dans nos parcours. Dans la semaine, nous avions pourtant inventé un itinéraire complètement inédit avec Maman, Lysiane et Denis. Et là aussi, EJ proposant un virage inédit, puis choisissant une autre option inexplorée au carrefour suivant, nous avons une promenade de deux heures sur des sentiers nouveaux (j'en partage la seule photo, cette croix solitaire qui m'a frappée). Le soleil allait en se cachant. A notre retour, deux heures plus tard, une grosse averse s’est abattue à peine étions nous à l'abri. Mais nous nous en fichions. Nous étions sous la couette à écouter la pluie battre contre le carreau avant de sombrer dans une sieste bien méritée. Avant un petit réveillon tranquille entre amis au coin du feu. Voilà ce que j’appelle bien finir l’année en saisissant et en créant l'occasion. 

kelloucq - 07:32 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Lundi 11 Septembre 2017

La vraie vie et les préjugés

















Fin août, avec l’envie de préserver l’esprit des vacances, je me suis installée pour travailler dans notre jardin partagé (une nouveauté 2017 dans notre rue qui mériterait un billet à part). Assise sur un banc de palettes de récup, mon ordi posé sur une chaise-bureau, j’étais bien au milieu des plantes. Comme on pouvait le prévoir, la rue n’est pas un lieu très propice au travail pour quelqu’un d’aussi grégaire que moi. Au final, j’ai passé plus de temps à discuter avec les passants qu’à travailler. Parmi ces passants, un voisin d’immeuble depuis notre arrivée en septembre 1997. Appelons-le Mr. R. Nous discutons de choses et d’autres, d’euthanasie principalement, mais aussi de politique. Et là, Mr. R. me dit « Vous ne vivez pas dans la vraie vie, Mme B. » Je lui demande de préciser sa pensée. « Vous, vous ne travaillez pas. » Là, comment dire ? J’ai une sorte de grand moment de découragement du pigiste, de l’indépendant, du travailleur nomade et atypique (pour l’instant). Nous nous connaissons, en voisins certes pas très intimes, depuis 20 ans et Mr. R. pense depuis tout ce temps que je ne travaille pas parce qu’il ne me voit pas partir régulièrement à une heure précise vers un boulot « posté ».

 

Je suis bien consciente que l’ancienne présidente du syndic bénévole qui gérait l’immeuble à notre arrivée, syndic que j’ai rejoint rapidement, pensait un peu la même chose puisqu’elle ne voyait pas d’inconvénient à venir frapper à ma porte pour régler des points liés à la gestion de l’immeuble à toute heure de la journée. Comme si je ne travaillais pas effectivement et que j’étais tout le temps libre comme elle qui était retraitée. Admettons, car elle était de la veille école ! Mr. R. est plus jeune, plus branché sur la société, comme il me l’explique, puisqu’il se targue de parler à plein de gens de tous horizons. Et bien, il a complètement loupé le fait qu’on puisse être souvent chez soi dans la journée et y travailler sans que cela ne paraisse du travail aux autres. Quand je sors pour des rendez-vous et des conférences de presse, il doit croire que je rejoins mes copines au café. Quand je pars en cours, il doit croire que je pars faire les courses. Quand je suis installée à ma table de bureau avec mon ordi, il doit penser que je regarde des films et des séries télé en boucle.

 

Comme quoi, on se fait des idées sur les gens. C’est une bonne leçon car je suis susceptible de me faire des idées à l’emporte pièce moi aussi. On a remis les pendules à l’heure sur ce que je fais dans la vie et pour gagner ma vie. Je ne sais pas ce qu’il en aura retenu et je ne sais pas si on peut changer une perception vieille de 20 ans en 10 minutes d’explication. Le fait que je travaille et que j’étudie en même temps n’a pas dû le rassurer, il pourrait encore me classer comme une sorte d’éternelle étudiante, une dilettante intellectuelle. Comme je ne vais pas aller jusqu’à lui mettre mes fiches de paie sous le nez, il va pourtant falloir qu’il se contente de ces explications. J'ai quand même des "preuves", comme cette photo en plein tournage d'un documentaire sur Union Square à San Francisco en 2011 (en même temps, ce n'est pas un travail typique, mais c'était une expérience inoubliable). 


Cela me rappelle qu’il y a quelques mois, Mr. R. nous avait prêté le film « La loi du marché » avec Vincent Lindon sur le boulot de vigile de supermarché qu’accepte le personnage principal après une longue période de chômage. Mr. R. devait vouloir faire mon éducation de femme oisive ! Ceci dit, il n’a pas tort : je ne connais rien à pleins de choses et ce film était instructif et poignant.

 

Pour en remettre une couche, quelques jours plus tard, notre boulanger du dimanche, sur le marché Saint Eustache, avec qui nous discutons souvent me sort aussi un « Pour vous qui ne travaillez pas… ». Et rebelote. Ai-je vraiment un look de « femme entretenue » ou bien de « ménagère de 50 ans » ? L’un ou l’autre, j’ai un problème d’image en ce moment…

kelloucq - 07:15 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 31 Août 2017

Vacances avec et sans enfants

Quand étions-nous partis pour la dernière fois en vacances sans enfants ? Je ne saurais le dire. Je pense à un voyage en Egypte il y a une douzaine d’années…Nous sommes à cette période charnière où nos enfants ne sont plus exactement des enfants, pas encore des adultes. Mais clairement plus des enfants.

 

De notre perspective de parents de grands ados, nous avons pu apprécier certaines scènes et remarques pendant ces vacances. Nous aimons nos enfants, mais avouons que parfois le quotidien avec eux – même en vacances – peut avoir un côté usant. En passant, je glisse une recommandation, un livre que j’aurais aimé lire quand j’avais de jeunes enfants. Il s’agit de « A chaque jour ses prodiges : être parent en pleine conscience » de Jon Kabat-Zin et de sa femme Myla. Si je connaissais Jon Kabat-Zin pour ses travaux sur la pleine conscience, je ne savais pas qu’il s’était intéressé, avec sa femme qui est une spécialiste de la maternité, aux parents et aux enfants. Il me semble que la promesse de ce livre est de nous aider à rencontrer nos enfants sur un autre plan, plus respectueux et plus à l’écoute, et non pas comme des « objets encombrants ».

 

En tout cas, je partage quelques-unes de ces remarques qui nous ont fait sourire parce que nous nous rappelions de moments semblables où nous avions eu exactement les mêmes pensées. Mais qui aussi me rendent triste car elles marquent une certaine impasse dans la relation parents-enfants. Des échanges sur un ton énervé, punitif, vengeur, borné, peu ouvert à l’aventure et à l’écoute.

 

« Tu veux finir à l’hôpital ou quoi ? », une mère à sa fille d’une dizaine d’années qui sautille avec énergie dans les rues de Gordes, certes un peu pentues et glissantes. Ca me rappelle Gabriel qui a fait quatre voyages aux urgences depuis sa petite enfance et qui aujourd’hui revient parfois un peu « cabossé » de ses cours de parkour…Dans la limite du raisonnable, la vie comporte certains risques quand on ne met pas les enfants sous cloche.

 

« 600 mètres et 600 mètres, ça fait 1,2 kilomètre », une mère qui vient déjà de rabrouer son fils d’une dizaine d’années alors qu'il voulait la prendre en photo dans une petite ruelle pittoresque de Gordes. Le jeune garçon a l’air d’un photographe enthousiaste et il a envie d’aller explorer un point de vue – effectivement magnifique comme nous venons de le constater nous-mêmes – sur la vallée du Luberon. Mais sa mère a d’autres projets et doit juger que c’est trop loin. Pourtant qu’est-ce que c’est que c’est que ces 1 200 mètres si l’enfant est énergique et volontaire ? A quelle logique comptable est-elle soumise même en vacances si ce n’est pas possible de flâner selon ses envies ou, dans ce cas, celles de son fils ?

 

« Tu m’as ruiné ta robe. La glace au chocolat s’est fini », une jeune mère, sur un ton qui est loin d’être bienveillant, à sa petite fille de 7-8 ans. La gamine a de la glace au chocolat tout autour de la bouche et apparemment en a mis sur sa jolie petite robe. On se croirait dans les Malheurs de Sophie. Toute cette belle petite famille aux apparences parfaites – 2 jeunes parents et 2 petites filles –  est tirée à quatre épingles dans un style parisiano-bobo chic. Cela semble injuste : est-ce la petite fille qui aime s’habiller ainsi ou sa maman qui joue à la poupée avec ses filles ? Est-ce effectivement une bonne idée de manger une glace au chocolat quand on est endimanché ? Serait-il possible de parler sur un ton moins amer et blessant ? Quelle scène de sa propre enfance rejoue cette mère en écrasant ainsi la joie de vivre de sa petite fille ? Quelle image de la famille parfaite l’enfant a-t-elle mise à mal avec ces tâches de glace au chocolat ? Hier j’ai observé un père avec ses deux petites filles dans la gare Saint-Lazare. La plus petite qui devait avoir 4-5 ans avait choisi une glace au chocolat : il l’a accompagnée avec douceur et il n’y a pas eu de drame. C’est donc possible de manger de la glace au chocolat pour une petite fille qui porte une jolie robe…

 

« La prochaine fois vous resterez chez Papy et Mamie et on partira en vacances tous seuls », deux parents à leurs deux petits garçons de 6-8 ans à la sortie d’une visite de l’église de Roussillon. On sait que, dans leur grande majorité, les enfants ne sont pas fans d’églises, de visites historiques et de musées en général. Il faut préparer, doser, panacher pour respecter les goûts de chacun. L’heure du déjeuner approchait, depuis combien de temps se baladaient-ils ainsi ? Je ne doute pas un instant que les deux enfants aient été énervés et énervants. Et d’ailleurs peut-être seraient-ils plus heureux chez leurs grands-parents ? Peut-être ce père et cette mère ont-ils besoin de quelques jours tranquilles ? Il pourrait y avoir une grosse dose de vérité dans cette remarque qui semblait venir droit du cœur. Finalement la vérité sort parfois de la bouche des parents…

 

« Toi, tu as besoin de faire la sieste. Sinon, tu n’iras pas à la piscine cette après-midi ! », une mère, ou peut-être une grand mère, à une petite fille dans les rues de Roussillon, pleines de monde et d’attractions. Là aussi, c’est sans doute vrai. Mais avec le ton employé, la sieste ressemble plus à une punition qu’à une solution positive pour reprendre des forces pour le reste de la journée.

 

Mais aussi cette famille qui joue au Uno sur la terrasse ombragée du café du Brave Crillon dans le petit village de Murs. Nous, à côté nous écrivons quelques cartes postales en sirotant un cocktail baptisé Napoléon. Ils rigolent de bon cœur, ils se vannent les uns les autres dans la bonne humeur. Cette scène de famille charmante fait plaisir à voir. Tout d’un coup, l’enfance de mes garçons me manque. Peut-être pas les chamailleries, les moments de fatigue ou d’énervement, mais ces beaux moments comme nous en connaissons tous. Comme ce pique-nique dans les jardins botaniques d'Oslo après la visite du musée Munch en 2004 (Gab va bientôt avoir 3 ans et Emmanuel 6 ans).


Je remarque que ce sont surtout des remarques de mères que j'ai rapportées, avec un père et une famille qui jouent le contre-exemple positif. C'est tombé comme ça. J'ajoute aussi que mes propres enfants m'accusent d'écouter indiscrètement (le verbe anglais "eavesdrop" est tellement plus pratique et parlant). Mais je n'écoute pas aux portes, ces scènes se sont passées dans l'espace public devant tout le monde. Mes oreilles et mon cerveau les ont captées (et interprétées certes).

 

Il est vrai que les vacances sont un peu casse gueule. Ces moments fugitifs de l’année où la famille se retrouve hors des contraintes de la vie quotidienne, où les parents ont des aspirations diverses et des envies de se faire plaisir et de faire plaisir à leurs enfants qui ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde. Des moments où, plus encore que le reste de l’année, nous sommes sous l’injonction de nous amuser, d’être heureux, de nous cultiver, de nous reposer, de faire ceci et de faire cela. A ce propos, je renvoie à l’expo de Wolinski au château de Gordes, des remarques grinçantes et savoureuses sur les gens en vacances, plus adultes qu’enfants, mais si bien vues. On est de drôles de zèbres, nous les humains quand même.

kelloucq - 06:45 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 30 Août 2017

Sur les chemins de traverse du Luberon

 

 

 













En fait, je n’avais aucune image, aucune préconception du Luberon. J’étais une vraie page blanche. Même après avoir compris que l’endroit était couvert de touristes en été, nous avons foncé. Dans une petite voiture de location récupérée à la très belle gare perchée de Saint-Charles. Conduire une voiture est tellement exotique pour nous, nous sommes comme des enfants avec un jouet tout neuf.

 

En route, arrêt à Aix-en-Provence. Je me souvenais d’avoir interviewé la maire de cette ville il y a des années, mais là non plus guère d’images associées à Aix. Nous avons flâné, découvert la cathédrale Saint-Sauveur et son fameux triptyque du Buisson ardent commandé en 1476 par le Roi René – un provençal d’adoption qui a été récupéré par les calissons d’Aix. Puis le musée Caumont avec un film sur la vie du local Paul Cézanne et une expo pleine à craquer sur Sisley. Pour finir en fin d’après-midi à Joucas au pied du terrain de tennis où nous avions rendez-vous avec notre « logeuse ».

 

Le lendemain matin, flânerie et marché à Roussillon. Notre parti pris était de déjeuner ou diner dans des restaurants quand l’envie nous en prendrait, sur notre terrasse tranquille si cela nous chantait ou en pleine nature si l’occasion se présentait (elle s’est présentée à l’abbaye de Sénanque où une mini razzia dans la boutique de l’abbaye nous a fourni un pique-nique plus que convenable, composé de produits issus de divers abbayes et monastères, que nous avons dégusté dans un coin reculé derrière l’abbaye, complètement désert à part le chant des cigales et le vent dans les arbres). Faire le marché est toujours un plaisir pour nous. Une tapenade excellente, des fruits mûrs, du bon pain, que demander de plus ? Surtout que la maman de notre logeuse apportait ici et là des tomates ou du maïs du jardin, des yaourts faits maison…Ah si, un peu de vin que nous avons trouvé en visitant le domaine de Tuilière pour y choisir 2-3 bouteilles.

 

A la fin de cette première journée, nous sommes retournés à Roussillon pour une promenade « à la fraiche » sur le Sentier des Ocres qui nous a plongés dans une épopée industrielle révolue, mais dans un paysage toujours magnifique. Les vastes points de vue de tous les villages perchés sont à couper le souffle, mais à Roussillon cette couleur rouge si particulière ajoute une touche très « Colorado ».

 

Le lendemain, l’abbaye de Sénanque nous attendait : visite guidée très vivante, messe de midi avec les 7 moines restants et une poignée de touristes, pique-nique improvisé. Malgré les pleines voitures et cars de touristes, il est possible de trouver du calme dans ce très beau site et je dois dire que cette envie très lointaine de passer quelques jours hors du monde a peut-être enfin trouvé un endroit idéal pour se réaliser…Au retour, visite du village des Bories, un ensemble de bâtiments de pierres sèches rénovés avec l’impression distincte que la vie n’a pas toujours été tourisme et bon temps dans le coin. Elles sont très jolies, ces bâtisses en pierre qui m’ont fait penser à certains temples de Chichen Itza. Mais la vie devait être bien rude, entre les oliviers, les vers à soie et des travaux de cordonnerie pour Gordes toute proche. Nous avons poussé jusqu’à Goult, supposément à la recherche de pain, mais aussi pour une visite de ce joli village qui était animé, sans excès.

 

Avec Gordes, c’était un peu une histoire d’attraction et de répulsion, quelque chose de très ambivalent. Trop de monde, trop carte postale parfaite. Mais là encore, on peut faire connaissance avec des endroits touristiques en allant un tout petit peu dans l’envers du décor. Visite du château de Bertrand-Rambaud de Simiane, baron de Gordes qui aurait refusé de mener une répression sanguinaire contre les protestants (« Je suis lieutenant du roi et non pas son bourreau », aurait-il répondu à Charles IX. Je dis bravo), avec une bonne dose de Vasarely, leader du op art et l’un des « redécouvreurs » de Gordes à la fin des années 1940, de Hans Silvester dont les photos de la vie locale dans les années 60-70 m’ont beaucoup plu et de planches de Wolinski tout à fait savoureuses. Découverte aussi d’un musée « la vie sous la ville » dans les caves du palais Saint-Firmin, un projet de restauration gigantesque pour montrer combien Gordes a travaillé et vécu sous terre pendant des siècles. Après avoir dégusté le dessert dans Gordes (life is short, eat dessert first, comme on dit), nous avons pique-niqué avec une immense vue en sortant de Gordes. Avant de rejoindre Murs, un village plus endormi et moins couru, qui vivait sa fête de village tout entier autour de la pétanque. Tout cet enchainement de jolis moments nous a facilement amenés au dimanche matin. Sur le conseil d’un local, nous avons fait un tour dans un marché de producteurs où il nous avait indiqué qu’on trouvait des truffes d’été (bingo !), puis une descente tranquille et fraiche de la Sorgue en canoë, puis une sieste, puis l’heure du thé, puis la valise que nous faisons très petite et compacte. Une petite valise de cabine pour deux, y compris les cadeaux et autres petits trésors accumulés en route. Lundi, dernière matinée à Marseille et retour dans un TGV qui traverse de belles contrées. Le voyage de trois heures et des poussières passe très vite. Bonne idée de voyager hors des gros weekends. Retour à Paris, retrouvailles avec le jardin, le petit appartement et tout de suite envie d’être dehors.

 

Finalement, nous ne sommes pas des pages blanches quand nous voyageons. Ainsi, et ce n’est pas une volonté de comparer juste pour comparer, Marseille nous a fortement fait penser à San Francisco en plus ensoleillé (les rues pentues, la magnifique baie,…) et le Luberon à une Napa Valley plus vaste, plus large. Et notre logeuse de quelques jours nous a fait un beau compliment dans ses commentaires : « Isabelle et son mari ne sont pas de simples touristes. Ils sont à l'écoute, curieux et bons vivants. J'ai apprécié ces premiers moments de Airbnb en leur compagnie. » Nous sommes tous un peu des touristes, mais je me sens mieux si nous pouvons nous comporter plus comme des compagnons de voyage que comme des consommateurs effrénés de dépaysement.

kelloucq - 06:13 - rubrique Actualités - Version imprimable - Permalien - 0 commentaires

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  • catherine : hello, je viens de passer trois heures de lecture ;c'est trop top ,dirait Clément, votre parcours m'a ramené en 1986 que de souvenirs ! je vous embrasse .
  • Julien : Et hop un nouveau blog dans notre BlogRoll! Sympa la "double-traducti on", mais ce serait encore plus sympa de l'annnocer : je me suis retrouver a lire tout le paragraphe en Anglais avant de me rendre compte que c'etait le meme qu'en Francais!
  • kelloucq : Julien, mon blog est un blog d'habitués principalement! Je ne leur explique rien, ils savent tout.
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  • kelloucq : Ils ont été vendus aux particuliers nord-américains pendant quelques semaines (ils devaient aussi en acheter pour une donation à un enfant). Mais en gros, ils ne sont pas pour le marché des particuliers.
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